Préhistoire

 

Les origines de la commune de Bages sur lequel se situe le Château de Prat de Cest remontent à la préhistoire. Selon les historiens, les outils retrouvés à BAGES attesteraient la présence de l'homme dès le Paléolithique inférieur (80.000 ans). Sans aucun doute, les hommes du Néandertal, puis de Cro-Magnon séjournèrent sur les rives du golfe Narbonnais (bord de la mer, à l'époque). La découverte de sites du Néolithique prouve l'existence d'importantes communautés humaines à cette époque.

 

Dans le domaine de Prat de Cest, il a été trouvé un fragment de poterie ; deux hypothèses s’offrent à nous : s’agit-il d’un fragment de poterie cardiale datant du Vème millénaire avant J.C. (décoration effectuée à l’aide d’un  coquillage appelé cardium) ou décorée à l’ongle? La deuxième hypothèse plus plausible remonterait à l’installation des premiers Weinenfelder (750- 650 avJ.C.) qui réalisaient des poteries décorées de sillons parallèles et de lignes incisées verticales ou d’impressions faites avec un roseau creux (thèse de Gayraud) ?


 

Histoire Romaine

Bages, autrefois, formait l'avant-port de Narbonne. A proximité de Bages, il faut s’arrêter à « PRATUM SEXTUM » (« les prés du sixième »), à la sixième borne milliaire, un relais important sur la Voie Domitienne qui longe la propriété 

Bien avant les romains, passèrent ici ceux qui empruntaient la voie héracléenne (voie suivie par Hercule lors de son voyage de la Grèce aux Hespérides). Un aqueduc souterrain, reconnu au début du siècle, est peut-être lié à un aménagement d’habitat antique.

Hannibal en 219 av. J.C., s’y serait reposé, ainsi que les trente six éléphants destinés à franchir les Alpes et vaincre Rome.


            

                       

 

 
les gobelets de Vicarello
les gobelets de Vicarello sont quatre gobelets d'argent de l'époque d'Auguste, trouvés près du lac de Bracciano et conservés à Rome au musée des Thermes. Ils décrivent les étapes et les distances d'un itinéraire allant de Rome à Gades (Cadix, en Espagne).
On trouve les noms des villes de la Narbonnaise sur les gobelets de Vicarello qui fournissent des listes verticales de relais avec le nombre de milles qui les séparent
                                                                      

                     

                          
  Au IIème et Ier siècle avant J.C., les prés et champs du VIème mille ou stade après Narbonne, sont nommés Combusta*, ils deviendront trois siècles plus tard Pratum Sextum, comme en attestent les gobelets de Vicarello, offerts aux plus riches curistes Romains.




*L’étymologie de Combusta vient probablement du fait que la périphérie de Narbonne avait été ravagée et brûlée jusqu’à la combustion finale par les Celtes venus de Toulouse, envieux de la puissance naissante de la future Narbo, encore appelée à l’époque Elycia, cité des Elysiques, ou Nero.

Puis, les Romains fondèrent une colonie à Narbonne. Lorsque le Consul Domitius Ahenobarbus, vers 130 avant JC, résolut de réparer et de consolider la voie phocéo-phénicienne, il respecta le tracé et le bornage primitif : de petites bornes avaient été placées stade par stade, selon l’usage des Grecs d’Europe et d’Asie Mineure. Polybe nous précise : «Lorsque les Romains réparèrent cette voie, ils maintinrent les stades déjà établis en les additionnant 8 par 8, ils dressèrent à chaque distance ainsi obtenue une borne milliaire.

Une Mansio( gîte d’étape avec possibilité de changement des chevaux et hébergement des voyageurs) y a été trouvée. Des traces de la présence romaine attestent d’une vie agricole à Pratum sextum, à l’époque d’Auguste ( 1er siècle après JC).


Une pièce de monnaie a été trouvée, il y a une dizaine d’années, un peu en retrait de la voie, à 3,80m de profondeur, lors de la pose d’un fouloir. Il s’agit d’un As de Nîmes que l’on peut dater de l‘an 40. A l’envers, les têtes adossées d'Auguste et d’Agrippa . Au revers, le crocodile des monnaies de Nîmes avec  contremarque autorisant sa mise en circulation.

 

Une araire ( soc de charrue) a également été découverte sur place. En 2009, dans les vignes de Prat de Cest, Evelyne ALLIEN a trouvé des fragments de poterie sigillée, très probablement de la « fabrique » de La GRAUFESENQUE (près de Millau).

 



Histoire Médiévale

1023 : Pratum Sextum (II.L.V.p180)

1138 : Casal de Sest (Doat.39.F4)

1288 : Grangia ad Prad des Sest (Arch.Com.Narbonne AA101 f°31)

1306 : Prato Sexto (Arch.Com.Narbonne)

1306-1500 : Prat de Cest (Arch AH 211 F°36)

 

 

Le domaine de Prat de Cest, dont les bâtiments du XIème Siècle sont encore visibles aujourd’hui, fut la propriété des vicomtes de Narbonne jusqu’en 1156.

 
Le 20 Mars 1156, la vicomtesse Ermengarde de Narbonne (dynastie des Aymeri) fit don de  la Tour et de la Bastide de Prat de Cest à l’Hôpital Saint Just et Saint Pasteur de Narbonne.

                                           

 

Parchemin

1156 20 mars Donation faite par Ermengarde vicontesse de Narbonne à l'hôpital Saint Just et Saint Pasteur de la terre de Prat de Cest

Au nom de Dieu, qu'il soit connu à tous présents et à venir que moi Ermengarde , vicomtesse, par ma bonne volonté spontanée et pour le salut de mon âme et de celle de mes parents je donne sans restriction , je destine au seigneur Dieu et à l'hôpital des Saints Just et Pasteur et à toi Arnaud, actuel directeur, et à Bernard ton confrère et à tous vos successeurs dans le sus dit hôpital, qui servez Dieu pour nourrir et restaurer les pauvres du Christ , tout cet hôpital situé et fondé au  lieu dit Prat de Cest avec tous ses bâtiments , ses entrées et sorties, toutes ses dépendances et avec tous les accroissements et améliorations que vous pourrez faire et acquérir pour l'honneur de Dieu, pour la nourriture et la restauration des pauvres passant par là et venant ici pour qu'ils y trouvent la charité , les ressources et l'hospitalité.

Et je fais cela moi, Dame Ermengarde , vicomtesse sus dite à cette condition que vous et tous vos successeurs demeurant dans l'hôpital déjà nommé des Saints Just et Pasteur , pour le servi ce de Dieu vous ayez, possédiez et occupiez en toute propriété sous votre dépendance et votre administration tout l'hôpital déjà nommé de Prat de Ceste avec toutes ses appartenances et dépendances , à perpétuité , et que vous sachiez que celui-ci doit être dirigé conjointement , entretenu comme le vôtre du mieux que vous le pourrez de manière que les pauvres passant par là puissent y trouver secours et hospitalité. Mais si jamais dans le sus dit hôpital de Prat de Cest un homme ou une femme vous fait tort ,à vous ou à vos successeurs , de quelque manière que ce soit, je vous promets à vous et à vos successeurs , pour moi et ma postérité que de toute ma puissance je vous protégerai et défendrai contre tous malfaiteurs autant que je le pourrai et ferai en sorte que vous ayez et possédiez le sus dit hôpital avec tout ce qui lui appartient jusqu'à la fin du monde de sorte que quiconque y demeurera n'y restera que par votre autorité et votre ordre exprès .

Selon l'écrit fait le vingt mars de l'année de l'incarnation du Seigneur onze cent cinquante sixième , sous le règne du roi Louis.

Les Consuls de NABONNE , administrateurs de l'hôpital de la Croix de NARBONNE, aliènent tour 23 setiers de blé, et sous réserve de la directe, la bastide et la tour de Prat de Cest et les terres qui en dépendent.

AUX SOURCES DU VIN


GG 1818                                                          A.M. Narbonne     GG 1832                                                          A.M. Narbonne
2 Janvier 1172-1231 latin - parchemin

Transcription faite en 1231 par Arnaud de Calvo, écrivain public de Narbonne, du bail à nouvel achept fait par Gibelin de Mates et ses neveux à Arnaud Aldeburge, de deux pièces de terre au terroir de PRAT CEST sous la condition de les travailler et d'en payer la taxe annuelle, avec la facilité de planter ces pièces de terre en vigne.
             
12 août 1177 - latin - parchemin

Donnation faite par Raymonde de Bages et Hugues, son frère, du consentement et de la volonté de Marie, leur mère, pour l'amour de dieu et la rédemption des âmes de leurs père et grand-père, à Dieu et à la Sainte Vierge, et à l'hôpital de Saint Just de Narbonne, à Hugues, maitre dudit hôpital de tous les droits qu'ils pouvaient prétendre en quelques manières que ce soit sur la vigne attenant  à la maison de PRAT DE CEST et sur la vigne d'ESTARAC
 
Une des premières trace de vignes existant en Languedoc se situe au Château de Prat de Cest comme en attestent les deux extraits sur parchemin ci-dessus.
 

Histoire du Château

Au bord de la route, subsistent du Moyen Âge deux belles bâtisses du XIe-XIIe siècle, qui se font face dans la cour du château.

Au Sud est implantée l’église, dont nous ignorons le patron, mais qui retrouve grâce aux propriétaires des lieux, sa pureté originelle. On y pénètre par deux portes, l’une au Sud-Ouest , l’autre au Cers (nord) dite «porte des morts » donnant sur la Via Domitia ; elle est éclairée d’une fenêtre d’axe à simple ébrasement. La nef de 8 m de long et voûtée en berceau, est légèrement plus large que le chevet de 5 m, qui est à fond plat, d’époque wisigothique (7ème siècle après JC) et voûté également. L‘ appareil est fait de belles assises hautes et régulières. Il faut croire que cet édifice a dû remplacer dans une époque de prospérité, authentifiée par une charte de la vicomtesse Ermengarde de 1156, une église plus ancienne, dont le plan serait également à chevet carré et dont les assises se sont révélées, par des sondages, être plus hautes que celles de l’église romane. Il est très probable qu’une exploitation avec son  église d’époque wisigothique   soient venues se superposer a une habitation romaine.

chapelle5
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Au Sud se dresse la masse imposante du château  construit  vers 1100 lui aussi en bel appareil et arrivé presque intact jusqu’à nous, pour ce qui concerne le rez-de-chaussée  

 

Il ne comporte qu‘une seule salle voûtée en berceau de 20 m sur 8 au rez-de-chaussée. 

Le rez-de-chaussée qui servait à l’accueil des pèlerins sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle

 

 

 

St Jacques

  Salle Voûtée salle_voutee

 

Trois étages existaient : le sous-sol qui devait  faire office de resserre à provisions

            

Enfin, l’étage dévolu à l’accueil des malades et à l’hospitalité; cet étage; toujours présent, comporte son propre four à pain du XIIème siècle. FOUR A PAIN   deux autres fours à pain, qui paraissent plus tardifs, sont présents dans le domaine …et ont servi jusqu’à la guerre de 1940 !) (photo du four à pain).   Four 2

puit Dans le mur Sud se trouve le puits, de section carrée, et qui est peut-être romain, mais à l’intérieur de la fortification, et qui, donc, permettait de résister à tout siège de la Tour et de la Bastide de Prat de Cest.

 

C’est au Nord que s‘ouvre dans un large mur de 1,80 m d‘épaisseur une porte à double arcature, pour permettre la manœuvre de la herse.

 

Au Sud devait se trouver une poterne, défendue par une bretêche, dont ne subsistent plus que les deux corbeaux.

On accédait à l’étage par un escalier aménagé dans l’épaisseur du mur . Cette partie de l’édifice, qui devait être réservée à l’habitat, a été transformée par des aménagements modernes et a perdu son couronnement défensif (notamment lors des guerres de Religion en 1575). Il n’en reste pas moins que cet ensemble, église et château, de PRAT de CEST, accuse parfaitement l’emprise médiévale sur le tracé du vieux chemin, qui mène en Espagne. XIV EME SIECLE : 1330, transaction entre le Monastère de FONTFROIDE (qui jouxte Prat de Cest par-delà la colline au Cers, autre propriété et abbaye fondée par Ermengarde ) et les consuls directeurs de L’Hôpital Saint Just et Saint Pasteur de Narbonne .

  herse
blason

 XVI EME SIECLE  En 1502,Pierre David donne la Tour à Raymond de la Vinheta, son cousin, marchand à Narbonne.

En 1526 ,achat des terres par  Monsieur de Montbrun membre de la famille de trégouin dont la propriété a gardé dans sa pierre le blason

 

 

 

Le 26 Mai 1575 , pendant les guerres de religion,  les archevêques de Narbonne exigent que trois forteresses soient «  abatuz et randuz indéffandables , affin que lesd. Ennemys ne s’en puissent amparer et se fortiffier dans icelles contre le service de Dieu et du Roy »

XVII EME SIECLE

1639 : Château de Prat de Cest ( Arch.Com.Narbonne- sur Roques III-89)

1675 : compoix  concernant des parcelles appartenant au baron de Prat de Cest.

1697 : le Baron de Montbrun propriétaire de Prat Cest et Maire de Narbonne a un procès avec la Mairie de Bages

XVIII EME SIECLE

Courtal de Ceste - carte de Cassini

 

 

 

 

carte

 

 

1711 : reconnaissance de terres aux  cisterciens de  Fontfroide.

1773 : quittance par le Monastère de Fontfroide en faveur de Monsieur  Azeau , père -fermier .

1782 : vente du Château de Prat de Cestà Monsieur Chavardès.

XIX EME SIECLE

1806 :échange de la Propriété avec  Marc François Arnaud ( de Peyriac) ancêtre des actuels propriétaires.

1807- 1814 : vente du  reste du domaine  à Marc François Arnaud.

Prat de Cest est alors donné à ses deux filles  dont Avelina Razouls qui va assurer la pérénnisation du domaine.

 

 

 

Histoire de la famille

 

   Avelina Razouls (1818-1889)

Mariée à son cousin Adolphe, sera grâce à sa fille Léonie, mariée à Dieudonné Duffour de la Vernède, la branche porteuse de toute notre descendance dans cette lignée. Le patrimoine foncier d’Avelina et le nom de ses domaines ont marqué la vie professionnelle et familiale de ses descendants.

Nous trouvons son histoire dans la Thèse d’Emmanuelle Mandrou sur «Le Patrimoine des grandes familles au XIXème siècle » :

Avelina Razouls a un frère Léonce .Comme leur père a deux domaines, elle reçoit le domaine de Prat de Cest et son frère celui de La Grangette. L’acte de partage des biens de Jean-Pierre Razouls stipule des valeurs mobilières importantes avec une part successorale de chacun des co-héritiers de 682.676 francs. Grâce à cet héritage, elle  acquiert en 1873 de Gustave de Martin-Donos le Château de Lebrettes.

Avelina décède le 6 Avril 1889 ; le partage des seules valeurs mobilières composant sa succession est effectué par un acte enregistré  au bureau de Narbonne le 11 Mai 1889. En l’espace de quinze ans, le patrimoine mobilier de la défunte est devenu trois fois plus important que celui hérité de son père ; il faut dire que cette fortune est liée à la grande présence d’ esprit d’Avelina, qui, dans les années difficiles des premières décennies du XIXème siècle, lorsque la famine sévissait dans tout le Languedoc, a su, avec l’aide de son neveu, le capitaine de marine Fauran (originaire comme sa tante de Sigean, La Palme), affréter quatre navires au port de La Nouvelle. Ces bateaux partirent chercher du blé au fin fond de l’Espagne et leur cargaison permit, au retour, de nourrir les populations affamées de la région.

 

Avelina

 

1860 : Prat de Cest compte moins d’habitants que Les Pesquis, mais se développe considérablement grâce à ses grands domaines viticoles - c’est l’âge d’or de la vigne - mais aussi du fait de l’importance grandissante du trafic sur la route nationale 9. Le château exploite ainsi sa vocation traditionnelle de relais sur  la Via Domitia, devenue Via Mercadéria à l’époque d’Ermengarde.

Par la suite, Prat de Cest ne cessera de progresser avec 737 habitants au village en 1911.

Avelina lègue le château de Prat de Cest à sa fille Marie-Gabrielle Léonie Razouls (1843-1914). Celle-ci épouse Dieudonné Duffour de La Vernède ,propriétaire du Château de La Vernède à Quissac dans l’Hérault .

De la Vernede

 

 

Léonie Duffour de la Vernède  lègue à sa petite dernière et cinquième enfant, Marthe (1877 – 1969) le propriété de Prat de Cest. Cette dernière épouse Raoul Balayé, demeurant au Château Dudon à Barsac, en Sauternais .

 

"Le château de ma mère"

Le château de ma mère

http://www.chateau-dudon.fr/

Marthe à l'écoe

Marthe à l'école

Leonie Raoul

Raoul Balayé décède très jeune à 29 ans d’une crise d’appendicite, Marthe vit seule très âgée et lègue la propriété à leur fille Renée (1903 – 1986), épouse du Colonel Herteman.

Renée préside aux destinées de la propriété  jusqu’en 1960, où elle la lègue à sa fille Jacqueline (1924).
Madeleine

 

Jacqueline et  Jacques Saumade, son époux, utilisent loisirs et retraite pour s’attacher à la restauration des bâtiments médiévaux et à la restructuration du vignoble.

A sa retraite, Jacqueline cède l’exploitation à ses filles : Marie-Aude (1956), usufruitière, et Evelyne(1952), propriétaire. Le dernier des enfants d’Evelyne et Michel Allien continue maintenant la tradition familiale succédant à une lignée de sept femmes propriétaires successives.